L'Ancien Nouvel An est un phénomène socioculturel unique, apparu exclusivement à la suite du passage du calendrier julien ("ancien style") au calendrier grégorien ("nouveau style"). Le désaccord entre les calendriers, qui s'élevait à 13 jours au XXe-XXIe siècle, a conduit à l'apparition d'une "date festive supplémentaire" la nuit du 13 au 14 janvier. Bien que cette fête ne soit pas officiellement consolidée dans les calendriers nationaux, elle est maintenue dans la mémoire collective et la pratique de plusieurs pays, constituant un exemple éclatant de conservatisme culturel et d'adaptation de la tradition aux nouvelles réalités temporelles.
La tradition de célébrer le Nouvel An selon l'ancien style est la plus résiliente dans les pays influencés historiquement par l'orthodoxie et le passage tardif au calendrier grégorien.
Russie, Biélorussie, Ukraine, Moldavie : Ici, l'Ancien Nouvel An (belor. Стары Новы год, укр. Старий Новий рік) a le statut d'une fête populaire non officielle mais aimée. Son apparition est liée au décret du Sovnarkom de 1918 concernant l'introduction du calendrier grégorien. Curieusement, l'Église orthodoxe russe continue d'utiliser le calendrier julien, donc le 14 janvier correspond au 1er janvier par le style "ecclesiastique". Cela fait de la fête un véritable pont entre la tradition laïque et religieuse. La nuit, il est coutume de se réunir autour du repas familial (moins copieux que le 31 décembre), de "réfléchir" à ses désirs non réalisés et, dans certaines régions (par exemple, au Sud de la Russie), de faire des "chedrovki" et de faire cuire du riz avec des devinettes sur la récolte.
Serbie, Monténégro, Macédoine du Nord, Bosnie-Herzégovine (Српска) : Ici, la fête, connue sous le nom de Srпska Нова година (Сербский Новый год), pèse même plus lourd que le 1er janvier. Il est un jour férié officiel en Serbie. Il est lié à un rite unique "Sеcection bаdnjaka" : le matin du 13 janvier (le veilleur de l'Ancien Nouvel An serbe), le chef de famille se rend dans la forêt pour chercher un "badnjak" — un jeune chêne, qui est ensuite brûlé dans l'âtre de manière solennelle comme symbole d'offrande et de renouveau. Ce rite remonte aux croyances slaves préchrétiennes liées au culte de l'arbre-père. Le dîner de fête comprend un "chesnica" — pain rituel dans lequel une pièce est cuit, et celui qui le reçoit aura de la chance.
Géorgie, Arménie, Abkhazie : En Géorgie, le 14 janvier est appelé "Akhali kveli" (ახალი წელი, littéralement "Ancien Nouvel An"). Il est célébré par un festin avec des plats traditionnels — khachapuri, satsivi, gozinaki. En Arménie, certaines communautés célèbrent "Amanor" (Նոր տարի) selon l'ancien style le 13 janvier. En Abkhazie, la fête est connue sous le nom de "Azhьyrinhua" — Jour de la création du monde, ancien festival astronomique, coïncidant avec l'Ancien Nouvel An.
Suisse : Dans certains cantons (par exemple, Appenzell), l'Ancien Nouvel An est encore célébré le 13 janvier sous le nom de "Alter Neujahrstag" (Ancien Nouvel An). Cette tradition a été maintenue depuis le XVIIe-XVIIIe siècle, lorsque les cantons protestants sont passés au calendrier grégorien avant les cantons catholiques, et pendant un certain temps, deux dates étaient en vigueur dans le pays. Dans les régions où la fête est maintenue, des cortèges de déguisés symbolisant l'expulsion de l'hiver ont lieu.
confessionnel-politique :
Les pays catholiques sont passés rapidement (Italie, Espagne, France — en 1582).
Les pays protestants ont résisté jusqu'au XVIIIe siècle (Royaume-Uni — 1752).
Les États orthodoxes (Empire russe, Serbie) ont refusé le calendrier "papistique" jusqu'au XXe siècle. La Russie est passée au nouveau style en 1918, la Bulgarie en 1916, la Serbie en 1919, la Grèce en 1923.
Dans le monde moderne, l'Ancien Nouvel An remplit plusieurs fonctions importantes :
Compensatoire : Permet de prolonger et de "répéter" la saison festive, atténuant le syndrome post-festif.
Identificatrice : Serve de marqueur de l'appartenance culturelle et historique des diasporas (par exemple, des communautés serbes ou russes en Europe occidentale).
Religieux-rитуальный : Pour les chrétiens orthodoxes qui observent le jeûne de Noël jusqu'au 7 janvier, l'Ancien Nouvel An devient la première occasion de célébrer l'arrivée de l'année sans restrictions alimentaires.
Transmission des traditions : Dans le contexte de la globalisation, la fête devient une forme de résistance à l'unification culturelle, un moyen de transmettre des rituels uniques (chedrovki, préparation du vasilopita en Grèce) aux générations suivantes.
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